Bien que l'on ait souvent une vision idéalisée des territoires ultramarins depuis la métropole, la réalité sur place est bien plus complexe. Ces régions, qui sont parmi les plus défavorisées de France, sont particulièrement touchées par des maladies chroniques comme l'obésité, le diabète et l'hypertension. Parmi les divers facteurs expliquant ces inégalités nutritionnelles, la teneur en sucre des produits alimentaires joue un rôle crucial.
En Guadeloupe, Martinique et dans d'autres territoires d'outre-mer, les produits industriels affichent des taux de sucre en moyenne plus élevés qu'en métropole. Ainsi, un soda ou un yaourt pourra avoir un goût très différent entre Fort-de-France et Marseille, malgré une loi qui interdit une teneur en sucres ajoutés supérieure à celle des équivalents hexagonaux. Ce contraste a suscité l'attention de plusieurs députés qui ont demandé au ministre de la Santé de faire appliquer la loi Lurel, visant à égaliser la qualité alimentaire dans ces régions.
Des produits alimentaires plus sucrés en outre-mer
Cette disparité souligne le sentiment d'abandon souvent ressenti par les habitants des territoires ultramarins. Une coupure de l'eau potable en Guadeloupe en début d'année 2024, attribuée à des actes de malveillance, n'est qu'un exemple parmi tant d'autres des problèmes chroniques liés à la gestion des infrastructures. En effet, la situation sanitaire et alimentaire dans ces régions se dégrade, et la précarité y est omniprésente.
Malheureusement, la question de la teneur en sucre dans les produits alimentaires est loin d'être récente. En 2013, une loi a été votée pour interdire des ajouts excessifs de sucre, mais des manifestations en 2014 à La Réunion ont déjà mis en évidence une non-application de cette règlementation. Le risque accru de maladies comme le diabète et l'obésité dans ces territoires est alarmant. Par exemple, près de 10 % de la population en Martinique est diabétique, presque le double de la moyenne nationale. D'autres chiffres soulignent cette réalité : 27,8 % des Antillais souffrent d'obésité, comparé à 17 % en métropole.
Les raisons derrière ces inégalités alimentaires
Les inégalités de sucre varient entre les types de produits et les marques. Si certaines boissons affichent des taux similaires à ceux présents en métropole, d'autres, comme le Fanta orange, peuvent être jusqu'à 42 % plus sucrés dans les îles. Ce phénomène résulte souvent des choix des multinationales qui ajustent les recettes en fonction des préférences gustatives perçues des populations locales.
Cette logique semble s'appuyer sur un stéréotype selon lequel les habitants des outre-mer auraient une affinité naturelle pour le sucre. Ce discours, relayé par des industriels depuis des années, n'est pourtant fondé sur aucune étude scientifique. Comme l’a noté Victorin Lurel, ancien ministre de l'Outre-mer, "il n'y a aucune justification pour ces croyances qui relèvent davantage de la spéculation que de la réalité". Seule la catégorie des produits laitiers pourrait être justifiée, car le lait en poudre importé par les producteurs locaux est plus riche en lactose, donc en sucre.
Cela dit, en l'absence de contrôles stricts, il est improbable que la situation s'améliore. La loi Lurel a des limites qui lui empêchent d'éliminer complètement cette inégalité, car elle ne fixe que des teneurs maximales sans interdire que les produits demeurent en moyenne plus sucrés. En outre, la consommation élevée de boissons sucrées dans ces régions, notamment en Guadeloupe, souligne l'urgence d'adapter les politiques de santé publique. Les initiatives visant à réguler la teneur en sucre des produits dans les territoires d'outre-mer sont désormais plus que nécessaires pour lutter contre la surconsommation de sucre, un pas dans la bonne direction tant espéré par les concernés.







