Interview.- Le 15 juin, Louise Bourrat a remporté la 13e édition de Top Chef, devenant la première femme à triompher depuis près d'une décennie. Sa personnalité affirmée et sa cuisine innovante ont captivé le jury et le public.
En janvier dernier, dans les coulisses du prestigieux George V à Paris, Louise Bourrat a affronté le candidat belge Arnaud Delvenne pour décrocher la victoire finale de Top Chef. Ensemble avec son équipe dirigée par Hélène Darroze, la cheffe de 27 ans a brillé tout au long des dix-huit semaines de compétition, se distinguant par son audace culinaire et son ambition.
Résidant à Lisbonne, Louise dirige le restaurant familial Boubou's, où la majorité de ses cuisinières sont des femmes. À la suite de sa victoire, nous avons pris le temps de l'interroger pour connaître son ressenti.
Madame Figaro.- Êtes-vous consciente de l'importance de votre victoire en tant que première femme couronnée depuis dix ans ?
Louise Bourrat.- C'est une immense fierté, mais je réalise que cela vient avec des attentes. Les figures qui m'ont précédée, comme Stéphanie Le Quellec, ont ouvert la voie. C’est motivant pour l'avenir, un signe positif !
Quel impact Hélène Darroze a-t-elle eu durant votre parcours ?
Hélène a été une source de soutien inestimable. Mon instinct me poussait à rejoindre son équipe en raison de l'environnement bienveillant qu'elle créait, essentiel dans un contexte compétitif et angoissant. Cela m’a apporté un réconfort précieux.
Vous avez remporté plusieurs épreuves cruciales, dont celles des femmes cheffes. Que représente cette reconnaissance pour vous ?
Bien que l'appréciation des femmes cheffes ne soit pas essentielle, il est certain que nous partageons souvent une approche similaire de la gastronomie. Pour moi, la cuisine des hommes se focalise sur la performance, tandis que la cuisine féminine vise à « faire plaisir ».
Comment définissez-vous la cuisine féminine ?
On tend à la considérer comme délicate, mais je ne suis pas d'accord. Les hommes privilégient souvent l'esthétique et la prouesse. En revanche, la cuisine des femmes se concentre sur la puissance des saveurs.
Pourquoi avez-vous choisi de travailler avec une majorité de femmes dans votre restaurant ?
C'était une évolution naturelle. Après le confinement, seules des femmes se sont présentées. Ensemble, nous avons pris en main de nombreuses responsabilités, créant une atmosphère de solidarité, propice à une cuisine collaborative.
Avez-vous rencontré des obstacles en tant que femme dans des brigades majoritairement masculines ?
Oui, j'ai même failli abandonner. Au début, en tant que stagiaire, je n’étais pas prise au sérieux. C'est en travaillant au Royaume-Uni que j'ai commencé à être respectée. Là-bas, le management est plus inclusif, et cela a transformé mon expérience professionnelle.
Quel avenir pour la gastronomie ?
Le secteur est en mutation, nous peinons à recruter. De plus en plus de personnes s'éloignent de la restauration à cause de conditions difficiles. L'augmentation des salaires est une réponse positive, et il est crucial d'adopter des pratiques plus inclusives.
Être féministe dans le secteur de la gastronomie, est-ce un défi ?
Pas du tout. Le féminisme est une force positive qui valorise les femmes. Il encourage chacune à aller chercher sa place dans le monde culinaire.
Quel message pour les jeunes femmes aspirant à devenir cheffes ?
Les femmes doivent arrêter de minimiser leur présence dans ce métier. Il est vital d'être audacieuses et de se battre pour leur place. L'humilité, la force et la curiosité sont essentielles pour réussir.
Quels sont vos projets futurs ?
Je suis heureuse au Portugal, je désire continuer à gérer Boubou's avec passion et offrir une expérience culinaire unique. Mon ambition va de pair avec le besoin de profiter des petites choses de la vie.







